mardi 1 décembre 2009

Le bon et le mauvais passeport

A Cairns, mardi 1er décembre


L'Australie, c'est un pays développé. Ils sont même plus en avance que nous. En particulier, ils ont trouvé la réponse à l'éternelle question: quelle est la différence entre un bon et un mauvais passeport?

Oui, vous aussi cela vous intrigue. Des sept autres pays que j'ai visité dans ce voyage, et pas des plus arrangeants d'un point de vue immigration, je n'ai pas eu le droit à un seul commentaire sur mon passeport, qui, ma foi, porte bien ses 7 ans de vadrouille dans mes poches. Mais ici, aux douanes de Sydney et à celles de Darwin, on m'a sorti que j'avais un mauvais passeport. Ça leur permet de me faire attendre dix minutes de plus à la douane pour taper mon nom dans un registre international de dangereux terroristes à passeport usé et de me laisser repartir. Aussi, c'est le premier pays développé dont j'entends parler où il faut payer un visa pour entrer en tant que touriste.

Voilà, ils m'ont énervé ce matin, je voulais juste me défouler. Voilà le défaut du voyage solitaire, il n'y a pas toujours quelqu'un avec qui partager ses frustrations. Enfin, ils ont de la chance d'avoir un beau pays, parce que ce n'est pas avec leurs douaniers qu'ils attireront du monde.

Sinon, je viens de réserver, je passe ma licence de plongée, deux en piscine puis trois jours et neufs plongées, dont une de nuit, sur la barrière de corail. A moi les tortues et les requins!

vendredi 27 novembre 2009

Rock 'n' Rock

Mardi 24 Novembre, entre Tennant Creek et Katherine, sur la Stuart Highway, et enfin, la température est descendue.

Ici, il y a beaucoup de pierres. Il n’y a même à peu près que cela à voir à des milliers de kilomètres à la ronde. Ils en font des réserves naturelles même, la pierre est une espèce en voie d’extinction par ici.

Je pourrais vous faire une petite leçon de géologie, et vous expliquer comment des sédiments se sont accumulées, des plaques tectoniques ont bougés et pivotés, des météores sont tombées, mais vraiment, ce serait embêtant. Heureusement en Australie, il y a une population avec beaucoup plus d’imagination que nous, pauvres Européens avec notre carbone 14 et nos douteuses méthodes scientifiques. Et oui, vous l’avez deviné, ce sont les Aborigènes. Ils ont des histoires assez exceptionnelles pour expliquer comment tous ces rochers ont poussé dans le coin, qu’ils appellent Dreaming stories. Malheureusement, la plupart des ces histoires revêtent un caractère sacré et les Blancs ne sont pas autorisées à les connaître, du moins pas en entier. Il va donc falloir improviser un peu. De toutes les manières, ce sont des histoires qui ont toujours été transmises par voie orale, elles ont donc toutes douze versions différentes, une de plus ne changera pas grand chose. The aboriginal phone, comme on dirait chez nous.

Voici quelques unes de ces histoires.

A long time ago, in a galaxy not so far far away, il y avait des femmes qui dansaient sur la Voie Lactée. Une des femmes a déposé son bébé dans son berceau sur le bord de la Voie Lactée et elles se sont mises à faire la chaise à la mariée. Les youyous fusaient, la mariée faisait des sauts de géant (à fortiori) sur la chaise et ça n’a pas manqué, le bébé est tombé du berceau et a fait un peu de chute libre. Comme nous le savons tous, la Terre est la plus grande masse de la Voie Lactée, et le bébé s’est donc dirigé vers la Terre où il s’est crashé en grand fracas. Cela a créé Tnorala, un grand cratère au milieu du désert, et l’onde de choc s’est répercutée, créant des cercles de montagnes concentriques.
Donc tous ceux qui vont se marier cette année, faites attention quand vous ferez la chaise.




Il y a aussi King’s Canyon. Là apparemment, un paquet de chats, géants également (tout le monde était géant à l’époque), ont décidé de venir dormir ici, et sont restés. Cela a donné ce paysage.




Bizarrement, personne ne voulait aller se balader sur le petit bout de roche qui dépasse


Puis, il y a évidemment Uluru. Uluru, c’est le gros rocher au milieu de l’Australie, the Big One, celui des photos. Celui-là:



Lui, je ne connais pas l’histoire de sa formation, mais il y a beaucoup d’histoires sur ce qu’il s’est passé autour. Par exemple, sur cette photo est le champ de bataille entre une femme qui était assez en colère et un serpent. La grosse faille est un coup d’épée de la femme, le rocher qui est tombée, c’est le bouclier du serpent. Oui, très fort le serpent, il peut tenir un bouclier sans les mains.




Enfin voilà, il y a beaucoup d’histoires, beaucoup de rochers, et je suis bien content d’avoir fait ce détour imprévu par le milieu de l’Australie. Si jamais vous venez ici, passez par Alice, c’est exceptionnel. Et en plus on peut y faire des pyramides.

jeudi 26 novembre 2009

Ian est fou

A Darwin, finalement.

J’ai rencontré Ian par les petites annonces. Jeune homme, 37 ans, possède un 4x4, cherche backpackers pour aller d’Alice Springs à Darwin et partager les frais. Il a juste oublié de préciser dans son annonce qu’il était fou.

Je vous vois venir, vous allez dire que j’exagère. Mais après avoir voyagé avec le spécimen pendant 3 jours, je persiste et signe. Let me make my point.

Ian est un australien de 37 ans, né au sud de Perth.

Ian voyage depuis un certain temps mais qui devient moins certain à chaque fois qu’on lui pose la question.

Ian a travaillé un peu partout, des mines, des road trains, des fermes.

Ian dort depuis au moins six mois là-dedans.




Ian aime raconter des histoires au discours direct. Je vous la fais en version originale, c’est tellement mieux (après avoir apparement sauvé mon sac à dos d‘un vol certain):
And the aboriginal, he would go around town like « Yeah that’s my shirt ». And you would be like « F*ck ». And you would go to the aboriginal like « that’s my shirt ». And he would « no way man ». And you’d be f*cked.
Sauf que Ian parle avec beaucoup plus de F word.

Tant qu’on y est d’ailleurs, Ian aime le F word. Toute décision par exemple est marquée par un « F*ck it » qui clôt la discussion. Un peu le « C’est mon dernier mot Jean-Pierre » de chez nous. Kyle également, le jeune canadien qui nous accompagne, aime beaucoup le F word. Je soupçonne que ce soit aussi pour être pote avec Ian, mais bon je ne rentrerais pas dans une analyse psychiatrique de notre jeune ami.

Ian aime les femmes. Ian siffle les filles une fois qu’elles sont assez loin pour être sur qu’elles n’entendent pas. Quel coquin. Ian donne des noms de filles à André, l’allemand qui voyage aussi avec nous, quand il se plaint ou quand il se baigne nu. D’ailleurs, pour tous ceux d’entre vous qui se demandent pourquoi tant d’allemand de l’est aiment le nudisme, cet André m’a donné  l’explication. C’est tout simplement une des seules libertés qu’ils avaient. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’aime.

Ian est étrange avec les aborigènes. Il use du N word pour les appeler, crie « fifty points«  à chaque fois qu‘un traverse devant sa voiture, mais dit en même temps que tout le monde est pareil pour lui. J’ai préféré dire que j’étais végétarien pour expliquer pourquoi je ne voulais pas de barbecue. On ne sait jamais ce que cache un australien dans sa caravane.

Ian a nagé sans le savoir dans une rivière où il y avait des crocodiles et aime raconter cette histoire. Souvent. Même si tout le monde connaît déjà l’histoire. Au style direct évidemment.

Ian a choppé un python par la queue pendant la nuit. Je vous ai dit, il est fou.

Ian a ensuite choppé un wallabie et a voulu le mettre dans la tente de Kyle, lequel s’est réveillé à temps. Nous avons ensuite découvert que le pauvre wallabie en question était domestiqué. Et qu’il avait même un petit frère.







Cette après-midi, j’en ai eu vraiment marre de Ian. Un peu de stop donc et me voilà arrivé à Darwin, où je vais rester me reposer deux ou trois jours.

jeudi 19 novembre 2009

Middle of nowhere

Nulle part, il fait chaud

De 1999 à 2001, j’étais en classes préparatoires. En classes préparatoires, on fait énormément de maths. Et en maths, on parle souvent de l’ensemble vide. Et on apprend beaucoup de choses sur l’ensemble vide. Par contre, ce qu’on n’apprend pas sur l’ensemble vide, c’est où il est.
Et bien, je peux vous le dire, je l’ai découvert il y a peu, l’ensemble vide est en Australie!

Laissez-moi donc vous faire une petite leçon de maths sur l’ensemble vide, en version australienne.
Tout d’abord, fixons les notations, l’ensemble vide en anglais, ça s’appelle le middle of nowhere.

ø = Middle of nowhere (1)

Etudions maintenant les propriétés du middle of nowhere.

(a) Le middle of nowhere est plus grand que tout ce que vous pouvez imaginer. On y roule pendant des heures, sans croiser un village, un voiture, un kangourou ou du goudron. Ceci nous donne donc:

Middle of nowhere > infini      (2)

Idée de la démonstration:





Egalement, voilà les photos d’un vol au dessus du désert et d‘un cattle station (une ferme, mais en plus grand). Sachant qu’à une altitude de 1000 pieds, tout ce qu’on voit autour de nous fait partie de la ferme, et que cela ne représente qu’un tiers de la ferme, calculez la superficie de la ferme et déduisez-en l’âge du fermier.







(b) Pour tout grain de sable appartenant au middle of nowhere, ce grain de sable est rouge. Donc, par transition, pour tout Ness entrant dans le middle of nowhere:

Grain de sable + Ness = rouge     (3)

Idée de la démonstration:




Mais bon, me direz-vous, le sable rouge c’est pas incroyable. C’est parce que vous ne connaissez pas encore le corollaire:
Pour tout lac dans le désert, le lac est également rouge!




Et d’ailleurs, ce lac est un lac salé, 2.5 fois plus dense que la Mer Morte. Je n’ai pas pu m’y baigner par contre, le Yacht Club de ce lac (asséché pour la plupart du temps) était fermé.



(c) Contrairement à ce qu’on peut penser, le middle of nowhere n’est pas vide. En effet, il est plein de vaches qui ont soif et qui observent chaque voiture comme si c’était le messie, de kangourous qui sautent, de petits oiseaux blancs et rouges appelées cuckateer, où quelque chose comme ça, de mouches qu’il faudrait éradiquer, d’araignées qui espérons le ne vont pas me bouffer, et de plein d’autres bestioles auxquelles je préfère ne pas penser. D’où:

Middle of nowhere <> ø          (4)

Idée de la démonstration:







(d) Vos cheveux se sont sûrement hérisser en voyant (1) et (4). Une contradiction évidente. Mais ne vous inquiétez pas, comme je vais le prouver maintenant, ce n’est pas une contradiction. En effet, on peut avoir des animaux dans le middle of nowhere qui ne sont pas vraiment là. Par exemple:



Sur cette photo, il y a deux wallabees.




Plus compliqué, il y a un wallabee sur celle-ci (ou deux, je ne suis pas sûr en fait)




Un email quand vous avez trouvés tout le monde, le gagnant recevra une carte postale.



Voilà, pour conclure, ce qui est vraiment incroyable ici, c’est la fascination qu’exerce l’endroit sur chacun. On reste des heures dans la voiture, la climatisation ne marche plus, on a pas trop de places pour les jambes, la route est une piste cabossée, et pourtant, je ne me lasse pas une seule seconde de regarder le désert autour de moi, rien après rien suivi de rien, mais impossible d’en détacher les yeux.




Next, Uluru, le gros rocher au milieu de l’Australie, et la région autour.

Petite addition, le plus gros road train que j'ai vu, 3 remorques, qui transportait du bétail il me semble:






mercredi 18 novembre 2009

Laissez-moi vous présenter mes compagnons préférés




45°C moins le quart, au milieu de nulle part, après le sable à droite.


.J’aimerais vous présenter mes nouvelles meilleures amies. Elles sont avec moi depuis que je suis arrivé dans le désert australien, avec moi dans la voiture, avec moi quand on sort faire une pause, encore là quand on s’arrête pour manger, là le soir quand nous nous rassemblons après une journée de route autour de quelques bières. Elles ne me laissent qu’après 20 heures, quand elles vont tranquillement dormir, mais sont heureusement là pour me réveiller le matin vers 6 heures.

Je ne m’attendais pas à les voir ici dans le désert. D’habitude, elles préfèrent se balader dans un climat plus humide, et aiment bien avoir des animaux autour d’elles. Elles cherchent un peu la merde avec les animaux, mais bon, ils les supportent quand même.

Bon, je vais arrêter l’ironie, j’en ai marre. Vous l’avez sûrement compris, je parle depuis tout à l’heure des mouches. Au départ de mon voyage de dix jours, l’agence de voyages m’a proposé d’acheter un filet à mouches. C’est très seyant, un beau filet noir à se mettre sur la tête. J’ai hésité, il y a des mouches et des moustiques à Montpellier, un peu de citronnelle et le tour est joué, pas besoin de filets. Mais bon, pour huit dollars, pourquoi prendre le risque, je l’ai pris.

Et bien, ce sont probablement les huit dollars les mieux dépensés depuis le début de ce voyage! Les mouches dans ce pays sont phénoménales. Elles sont toujours là, elles rentrent dans les oreilles, la bouche, le nez, sur les yeux, et elles ne s’arrêtent jamais. A part entre 20 heures et 6 heures, où elles sont remplacées au pied levé par des moustiques.

Et elles sont nombreuses. Très nombreuses. Ce matin surtout, un véritable nuage noir se créait autour de chacun de nous quand nous nous levions et qu’elles s’envolaient toutes. Celles sur le dos, les jambes, les bras, ne sont pas plus dérangeantes que ça, mais sur la tête… Heureusement, la tolérance se renforce jour après jour, je tiens avec une bonne dizaine de mouches sur la figure maintenant.

Enfin, tout ça pour vous dire, si jamais vous voyez une mouche, butez la, ce sera toujours ça en moins. Parce qu’ici on fatigue avec elles, et malheureusement, quand on leur crie dessus pour qu’elles partent, elles comprennent pas.